Valérie Pécresse veut fidéliser les infirmières en Île-de-France

0
3



Espace infirmier :
Quel constat dressez-vous sur la situation des infirmières franciliennes ?

Valérie Pécresse : Nous faisons face à un phénomène important d’évaporation du personnel soignant : nous formons énormément de personnes, mais ensuite, elles nous quittent. Il faut donc qu’on les fidélise, et le maillon le plus important est évidemment celui des infirmières. Nous avons calculé avec l’État qu’il faut que nous en formions 925 en plus chaque année.

Comment comptez-vous y parvenir ?

Nous allons créer 250 nouvelles places par an. Cela a déjà commencé en septembre avec la création de 243 nouvelles places, et nous allons continuer l’année prochaine avec 250 places supplémentaires, et ainsi de suite jusqu’à parvenir aux 925. Pour atteindre ce chiffre, nous allons ouvrir cinq nouveaux Instituts de formation en soins infirmiers (Ifsi), en transformant des lycées existants qui sont actuellement en sous-effectif.

Comment les Ifsi, qui ont souvent besoin d’être rénovés, pourront-ils absorber cet afflux de nouveaux étudiants ?

Il est vrai que nous avons lancé l’année dernière un audit qui a révélé qu’un Ifsi sur trois est vétuste. Comme nous avons réellement besoin d’attirer vers les métiers du soin, nous avons décidé de consacrer 60 millions d’euros à la rénovation des instituts. Ce n’est pas de notre compétence, car l’État a transféré les Ifsi aux régions pour le fonctionnement, et non pour l’investissement. Mais la formation des infirmières est trop importante à nos yeux, et nous voulons que les Ifsi puissent leur offrir les meilleures conditions d’études. Nous allons par ailleurs donner, à partir du 25 décembre, une prime de fin d’année de 150 euros pour les étudiants boursiers des filières sanitaires : infirmières, aides-soignantes, kinés…

Tout cela permet d’attirer des étudiants, mais comment comptez-vous les fidéliser, puisque vous avez dit vous-même que beaucoup quittaient la région une fois formés ?

Cela passe d’abord par la question du logement, qui est un vrai problème en Île-de-France : beaucoup de nos infirmières sont obligées d’habiter très loin de leur hôpital, et de faire des heures de transport. Nous nous engageons donc à financer plus de 560 logements, à loyer subventionné, dans le parc locatif intermédiaire, dans lequel nous pourrons prioriser les soignants. 200 logements seront ouverts dès janvier 2021.

Et en dehors du logement ?

Nous allons financer, dans le cadre d’un partenariat avec l’association « Solidarité avec les soignants » d’Anne Roumanoff, l’équipement d’une centaine de salles de repos dès l’an prochain. Cela représente un soutien de 250 000 euros. Enfin, notre plan de relance régional prévoit la création de 500 lits de réanimation modulaires, qui pourraient être mobilisés en cas de nouvelle mise sous tension des services de réanimation. Nous voulons ainsi former 3 000 soignants, qui ne travailleraient pas forcément en réanimation mais qui pourraient être mobilisés en cas de besoin, et financer l’équipement de ces lits : respirateurs, etc. Cela nous permettrait de passer d’une capacité de 1 500 lits de réanimation à une capacité de 2 000 lits.

Est-ce que la région ne sort pas de ses compétences en s’investissant de la sorte dans le secteur de la santé ?

Nous proposons notre soutien, si l’Agence régionale de santé (ARS) ne veut pas de notre argent, elle ne le prend pas ! Mais de toute façon, la région ne sort pas vraiment de ses compétences, car nous sommes déjà investis sur l’aspect formation. D’autre part, l’aspiration des présidents de région est bel et bien de devenir présidents des ARS : nous investissons dans la formation, dans l’installation des professionnels dans les zones carencées… Nous finançons beaucoup de monde, et pensons que nous sommes à même d’assurer la cohérence du système.

Votre objectif est-il de viser l’électorat infirmier dans la perspective des régionales de 2021 ?

Non. Le sujet, c’est la crise Covid, et c’est l’attractivité de la région. Nous avons voulu marquer une forme de reconnaissance aux infirmières, et nous inscrire dans le cadre du Ségur. Si nous ne nous interrogeons pas sur la qualité de vie de nos soignants, nous allons les perdre.

Comment comptez-vous pérenniser ces engagements, sachant que comme ils sont en partie en dehors des compétences de la région, vous ne recevrez pas de financement de l’État sur ces sujets ?

Notre région est très bien gérée, nous avons fait des économies sur les frais de structures, sur les gaspillages, et nous sommes capables de soutenir ces financements. L’État a par ailleurs accepté de considérer que les formations infirmières en Île-de-France coûtaient plus cher qu’ailleurs, et nous avons donc un bonus sur cette partie. Je ne m’engagerais pas si je ne pouvais pas tenir dans la durée.

Propos recueillis par Adrien Renaud

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here