Une mission parlementaire analyse la stratégie vaccinale anti-Covid du gouvernement

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Sur saisine du Président de l’Assemblée Nationale le 20 novembre, l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) a été sollicité pour formuler des préconisations après avoir évalué en un temps record la pertinence et la faisabilité de la stratégie vaccinale anti-Covid annoncée par le gouvernement. Le 15 décembre lors d’une conférence de presse, l’Office a livré ses recommandations pour aider le gouvernement à orienter ses décisions.

On en est aux balbutiements des connaissances sur la vaccination contre le Covid-19. Dans ce contexte de tâtonnement, observer la réponse immunitaire est primordial (Jean-François Eliaou)


Saisi le mois dernier par Richard Ferrand, l’OPECST a nommé quatre co-rapporteurs transpartisans1 pour établir des recommandations au sujet de la stratégie vaccinale anti-Covid construite par le gouvernement. Après une série d’auditions et à quelques jours du début de la campagne de vaccination anti-Covid en France, la mission vient de rendre publiques ses préconisations. Pour assurer son rôle premier et éclairer en toute indépendance le Parlement, l’Office s’est efforcé de répondre, entre autres, aux questions essentielles suivantes : quelle protection offriront les vaccins et pour quelle durée ? Dans quel délai pourra-t-on disposer de quantités suffisantes ? Comment garantir l’équité sociale dans l’accès à la vaccination ? Faudra-t-il cependant établir des priorités ? Selon quels principes ? Avec quelles garanties ? Comment organiser le système de soins ? Faut-il établir une obligation vaccinale ?

L’acceptabilité nécessite l’accessibilité ; il ne faut pas nier les doutes de nos compatriotes

Défi de la défiance

Les connaissances scientifiques sont actuellement parcellaires, et les défis à relever dans cette opération nationale sont de taille et de toutes natures. Bien sûr, les enjeux médicaux, logistiques, économiques… sont nombreux. Mais celui qui pèse sans doute le plus lourd dans la balance est celui de la défiance qui plane dans l’hexagone à l’encontre de la vaccination en général, et de celle relative au Covid-19 en particulier. L’hésitation vaccinale des Français est forte, complexe, et multifactorielle a rappelé Gérard Leseul, Député de Seine-Maritime. Dans ce contexte, l’OPECST abonde dans le sens du gouvernement : pour lui, rendre la vaccination obligatoire serait une erreur, et l’adhésion des concitoyens doit se construire progressivement et non de manière coercitive. L’acceptabilité nécessite l’accessibilité ; il ne faut pas nier les doutes de nos compatriotes, avertit G. Leseul. Pour y réussir même si on ne sait pas encore si le vaccin est “stérilisant” (s’il empêche de transmettre la maladie), la mission recommande davantage de lisibilité du dispositif, jugé complexe et dont l’imposante comitologie (task force, conseil de défense, conseil scientifique…) brouille les messages. Il ne faudrait pas que la polyphonie se transforme en cacophonie, prévient Sonia de La Provôté, Sénatrice du Calvados. Autre besoin : donner aux Français tous les éléments de transparence nécessaires pour faire grimper le capital confiance : exiger les déclarations de conflits d’intérêt des acteurs impliqués, réaffirmer le rôle de la démocratie sanitaire, s’appuyer sur les territoires, faire des professionnels des ambassadeurs de la vaccination…

Médecins généralistes en pole position

Des ambassadeurs, justement. Pour la phase 1, le colloque singulier entre médecin et patient est la modalité retenue pour recueillir le consentement éclairé de la personne à vacciner. Voilà pourquoi un plan d’information est prévu à destination de la communauté médicale. Il faut que cet interlocteur réputé privilégié ait les connaissances nécessaires pour répondre, expliquer, rassurer – donc amener à l’adhésion individuelle et collective, selon Jean-François Eliaou, Député de l’Hérault. Mais se pose déjà la question des phases suivantes, alors que d’autres acteurs sont prêts à participer à l’effort de guerre. Le processus d’information est encore à constuire, et il y a urgence compte tenu des délais impartis, a concédé Sonia de La Provôté. Mais le médecin ne sera pas le seul à intervenir ; au-delà de la première phase, un véritable collectif de professionnels de santé  – dont les pharmaciens et les infirmiers libéraux – sera mobilisé. Quid, enfin, du recueil du consentement auprès des résidents en Ehpad, dont les capacités cognitives sont parfois entamées ? Car c’est là que la vaccination va débuter, et c’est aussi là que les médecins coordonnateurs sont parfois très peu présents. De même que l’information aux professionnels, celle destinée au grand public doit être diffusée de manière large et homogène, a précisé la Sénatrice du Calvados ; les décisions des tiers de confiance devraient ainsi être facilitées, a-t-elle conclu.

Compte tenu de l’enjeu, nous n’avons pas droit à l’erreur ; il ne faut pas confondre vitesse et précipitation

Attente des autorisations

Avec 200 millions de doses commandées (une quantité qui excède les besoins, a rappelé Florence Lassarade, Sénatrice de Gironde), la France est confrontée, comme d’autres pays, à de fortes contraintes logistiques. Le vaccin à ARN messager (ARNm) doit être conservé à -80°C ; après décongélation, il demeure utilisable 5 à 6 jours. Reste enfin une fenêtre de 6h seulement après préparation du produit. Un vrai sujet, a alerté S. de La provôté. Pour sécuriser l’approvisionnement et assurer une traçabilité, la mission appelle à la création d’un registre européen des contrats passés – n’en déplaise à certains – ainsi qu’à la consitution d’un stock d’Etat et au recours aux investissements directs de la France, ce qui laisserait à l’exécutif un droit de regard sur une partie des process de recherche et de fabrication. D’ici-là, le Sénat et l’Assemblée Nationale seront informés des premières recommandations de l’Office les 16 et 17 décembre. Par ailleurs, le pays est toujours en attente de la validation de l’Agence Européenne du Médicament, qui devrait se prononcer plut tôt que prévu (le 21 décembre) sur l’autorisation accordée au vaccin Pfizer-BioNTech, puis de celle de l’ANSM. Prévu le 4 janvier prochain, le lancement de la campagne vaccinale mise sur pied en hâte par les pays du monde entier (l’Angleterre, puis les Etats-Unis, ont déjà ouvert la marche), pourrait être légèrement différé dans l’hexagone si cela était nécessaire. Compte tenu de l’enjeu, nous n’avons pas droit à l’erreur ; il ne faut pas confondre vitesse et précipitation, ont unaniment conclu les quatre co-rapporteurs.

Sonia de La Provôté, Sénatrice du Calvados (UC)

Jean-François Eliaou, Député de l’Hérault (LREM)

Florence Lassarade, Sénatrice de Gironde (LR)

Gérard Leseul, Député de Seine-Maritime (PS)

Accéder aux premières recommandations de l’OPECST

Directrice des rédactions paramédicales adjointeanne.perette-ficaja@gpsante.fr @aperette

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