Les ESI reçus et méprisés par le Ministère

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Le Ministère leur avait proposé un rendez-vous de trente minutes. La Fnesi en avait obtenu quarante-cinq. La rencontre qui a eu lieu en début d’après-midi aura finalement duré une heure et demi. Elle a été reçue par Philippe Morlat, conseiller formation du ministre Olivier Véran.

« C’est bon signe que ça dure », glisse un ESI de la Fnesi. Pas tant. À la sortie, pourtant, c’est la désillusion : « Aucun résultat n’est annoncé, ce rendez-vous n’est absolument pas concluant », s’agace Thomas Hostettler, représentant de la structure étudiante, qui attendait fébrilement le retour de Bleuenn Laot, présidente de la Fnesi. Elle assure avoir été entendue et qu’elle sera à nouveau reçu par le Ministère. Mais tout ce qu’on leur demande pour le moment, c’est de se disperser tranquillement et de rentrer chez eux. Comme des enfants.

« On s’est juste dispersés pour montrer qu’on est respectueux. C’est compliqué de terminer une mobilisation quand on n’a rien obtenu, soupire Bleuenn Laot. Pendant une heure et demi, on a à nouveau avancé les chiffres de la mobilisation des ESI pendant la crise, on a réitéré notre volonté de soutenir quand il en y en a besoin mais pas plus de deux semaines par semestres et en CDD. Par ailleurs, on a abordé la revalorisation des indemnités de stage. On touche entre 0,80 et 1,30 € par heure quand c’est 3,90 dans l’enseignement supérieur. On est fatigués. »
Ce rendez-vous, la responsable l’attendait aussi pour parler à de nouveaux interlocuteurs. « C’est toujours Philippe Morlat qu’on nous envoie et ça ne donne rien, il est peut-être temps de parler à quelqu’un d’autre. Véran nous a écoutés mais aucun retour. »

Le Ministère leur a simplement répondu que les négociations devaient continuer et qu’un nouveau rendez-vous serait programmé en janvier, probablement. « Je suis très mitigée, on nous a reçus pour nous calmer, c’est du mépris », s’attriste la jeune femme.

Leurs revendications sont scandées depuis plusieurs mois et les échanges hebdomadaires avec le Ministère, parfois avec le Ministre lui-même ne donnent rien. « On a pourtant fourni une enquête, des chiffres sur le mal-être étudiant. Rien n’a été fait ! Il n’y a pas d’accompagnement, de soutien. »

18 ans, à la morgue

Enza, 18 ans, de l’Institut de soins infirmiers (Ifsi) de Bichat, à Paris, est venue manifester ce jour. Elle a passé cinq semaines en brancardage. « On a vu des morts, on allait à la morgue. C’est difficile à surmonter. »
« Plus de 50 % des étudiants souffrent d’être délaissés », appuie son collègue Alexandre, mobilisé, lui, comme agent des services hospitaliers (ASH) pendant dix semaines en réanimation. « Dix semaines sur les soixante en trois ans, c’est énorme. Je suis très en retard. »
« Quand il y a un besoin, qu’on est envoyé en service, il faut un contrat de travail avec un salaire de professionnel. Un véritable cadre légal et national. Sans être mobilisé plus de deux semaines par semestre », détaille Thomas Hostettler.
De nombreux étudiants sont venus de loin pour la manifestation. À l’image d’Elena, 22 ans, étudiante à Brest, et d’une trentaine d’autres étudiants de partout en Bretagne. Des trains gratuits ont été proposés aux ESI désireux de manifester à Paris. Le groupe breton a dû cependant se rendre jusqu’au Mans en voiture pour y trouver un TER gratuit. « On est parti à 4 h 30 du matin de chez nous et on rentrera vers minuit, souligne Elena. J’ai perdu quatre semaines de stage lors de la première vague. Pour la deuxième, notre directeur a pris la décision de ne pas laisser mobiliser au-delà de deux semaines, c’était super. »

Au menu des pancartes : « ESI : étudiant sous indemnisé », « Un soutien, oui, mais pas à n’importe quel prix », « ESI mal formés, patients en danger », « Soigne et tais toi ! »…
Mais la vigueur d’une jeunesse amoindrie par les difficultés peut compter sur une motivation, toujours à toute épreuve : « On ne lâchera rien, on a des droits à faire valoir, on va continuer de se battre jusqu’à ce qu’ils soient respectés », promet Bleuenn Laot. Non, les soignants de demain ne désespèrent pas d’être écoutés aujourd’hui.

Thomas Laborde

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