les équipes confrontées au casse-tête des effectifs

0
3


    Précédent
    Suivant

Si l’on regarde du côté de Santé Publique France, les indicateurs ne sont pas rassurants en Ehpad. Le nombre de morts liés à la Covid-19 a “nettement augmenté” la semaine dernière, et cette tendance risque de s’accentuer à cause de la hausse des contaminations chez les personnes âgées, notamment en Ehpad, selon les données hebdomadaires publiées vendredi 30 octobre. “L’augmentation du nombre de cas de Covid-19 parmi les résidents des Ehpad fait craindre une augmentation des décès dans les prochaines semaines”, a mis en garde l’agence sanitaire.

La fatigue et le manque d’effectifs : principale crainte dans les Ehpad

De l’avis de beaucoup, l’organisation est aujourd’hui mieux rodée dans les Ehpad, mais la grande crainte concerne le remplacement du personnel.


Durant la semaine du 19 au 25 octobre, le nombre de cas confirmés dans les établissements médico-sociaux, dont les Ehpad, a connu une très forte augmentation (+84% par rapport à la semaine précédente).

Le nombre de décès en maison de retraite est lui aussi en augmentation depuis début septembre. Santé publique France estime le nombre de décès à 29 par jour en moyenne en établissement. Au 31 octobre enfin, 649 clusters étaient en cours d’investigation en Ehpad, soit 9% des établissements.

Les familles respectent mieux les gestes barrières

Reconfinés sans être cette fois isolés : pour éviter des drames humains dans les Ehpad, selon les propos-mêmes du Chef de l’Etat, les visites de proches restent possibles dans le strict respect des règles sanitaires. Une souplesse saluée par tout le secteur et la population mais qui reste un défi pour les soignants confrontés à une forte recrudescence du virus.

Les Ehpad ont échappé au reconfinement total, ça c’est quand même la très bonne nouvelle, se félicite Joachim Tavares, ancien directeur d’Ehpad et fondateur de Papyhappy.frLe premier confinement a été difficile à gérer pour l’ensemble des citoyens, mais plus encore pour les gens âgés qui se sont retrouvés isolés. On a vu au mois de mars que certains se sont laissés dépérir à cause de la solitude. Donc là il n’y avait pas d’autre solution que de laisser les personnes âgées voir leur famille, assure l’ancien directeur d’Ehpad. Un point de vue partagé par Jérôme Triquet lors d’une conférence de presse donnée par la Fonction Hospitalière de France (FHF) le 3 novembre. Ce directeur du Centre d’Hébergement et d’Accompagnement Gérontologique (CHAG) de Pacy-sur-Eure situé en Normandie, à 20km de la région Parisienne, où deux personnes sont touchées par le virus a expliqué : Lors de la première vague, nous avions recensés 28 décès mais seulement 10 ont été réellement attribués à la Covid-19, les autres étaient une conséquence du confinement. Cette fois, nous comptons nettement moins de décès dus aux restrictions.

De l’avis de beaucoup, l’organisation est aujourd’hui mieux rodée dans les établissements. On fait en sorte de programmer les visites dans les Ehpad et surtout, l’accent a été mis sur la pédagogie avec les familles, souligne Joachim Tavares. On a appris de ce qui s’est passé au mois de mars : l’attitude a changé. La distanciation, les gestes barrières… En Ehpad les familles se sont rendu compte de l’importance de ces mesures simples, qu’elles prenaient parfois un peu à la légère avant. Aujourd’hui la pédagogie a fonctionné. Les familles ont compris l’importance de ne pas introduire le virus au sein des établissements. Malgré tout, quelques rappels à l’ordre sont parfois nécessaires. On remarque quelques difficultés avec les masques qui doivent être correctement mis en toutes circonstances. On en voit encore quelques fois sous le nez, a regretté Michel Barbé, directeur de l’Ehpad Les jardins du Castel à 15 km de Rennes où pour le moment, aucun cas de Covid n’a été déclaré, lors du même point presse FHF.

Un protocole sanitaire plus clair et des tests en nombre 

Les Ehpad comme la société ont une meilleure connaissance du virus, souligne Joachim Tavares. Aujourd’hui, on teste beaucoup dans les Ehpad (une capacité qui n’est pas encore mise à disposition à 100% partout mais qui s’est nettement améliorée), on teste aussi bien les résidents que les personnels. Ensuite, on isole seulement les personnes contaminées. On possède donc les moyens de mesures plus précises qui permettent de laisser une liberté au sein des établissements. Globalement, ceux-ci sont beaucoup mieux armés que lors de la première vague.

Les directeurs de structures disposent aussi, cette fois, du matériel adapté (les masques, surblouses et gants qui ont tant manqué au début de l’épidémie) et d’un protocole sanitaire clair, qui recommande notamment d’instaurer un lieu de déambulation adapté pour les résidents atteints du Covid, d’accueillir les proches dans des lieux dédiés avec strict respect des gestes barrières, de limiter au maximum les visites en chambre, et de proscrire le partage d’objets et de nourriture. L’utilisation des tests sera bientôt fluide, précise Joachim Tavares. On a eu l’occasion la semaine dernière d’échanger avec les directeurs d’Ehpad : les grands groupes ont pris de l’avance. Il va falloir quelques semaines pour que tous les établissements disposent de l’ensemble des tests possibles. Les tests PCR, les tests salivaires… La clé c’est de bien filtrer les gens qui entrent dans les établissements pour éviter d’y introduire le virus. Donc ces tests salivaires sont très attendus. Pour tenter de contenir l’épidémie en isolant plus rapidement les personnes contaminées, la ministre déléguée chargée de l’Autonomie, Brigitte Bourguignon, a annoncé la semaine dernière que les 7 000 Ehpad du territoire seraient bientôt équipés en tests antigéniques, qui permettent d’obtenir un résultat en 15 à 30 minutes contre plusieurs jours pour les tests PCR. Dans les Hauts-de-France par exemple, les tests ont d’ores et déjà été deployés.

Reste le problème des visiteurs. Tester les visiteurs à leurs propres frais avant qu’ils ne viennent pourquoi pas s’ils font le déplacement une fois par mois, mais pour l’épouse qui vient voir son mari tous les jours les choses s’avèrent plus compliquées, souligne Michel Barbé. D’où l’importance cruciale des gestes barrières…

Aujourd’hui la pédagogie a fonctionné. Les familles ont compris l’importance de ne pas introduire le virus au sein des établissements.

Le casse-tête des effectifs en Ehpad

Selon Joachim Tavares, des retours que nous avons de directeurs ou de groupes, je retiens deux points notables qui sont l’inverse de ce qui s’est passé pour la première vague. En mars, si je devais résumer, il y avait les bras mais un manque criant de matériel. Aujourd’hui, nous avons le matériel nécessaire, mais le problème des effectifs se pose de manière accrue. L’élan de solidarité de la première vague, avec des professionnels qui venaient ou revenaient prêter main forte est moins vrai aujourd’hui, constate Joachim Tavares. Les personnels sont fatigués, moralement, physiquement, et sont donc peut être moins enclins à venir renforcer les équipes. D’autre part, lors de la première vague, on testait assez peu, note l’ancien directeur d’Ehpad, tandis qu’aujourd’hui, on teste beaucoup : les salariés et les résidents. Un changement de politique qui permet une connaissance plus fine des contaminations, mais qui engendre aussi un problème de salariés à remplacer en cas de maladie. Il y a des exemples d’établissements qui peinent à recruter. Lorsque les salariés sont touchés par la Covid-19, il faut trouver à les remplacer. Le gouvernement a lancé dimanche 31 octobre une campagne de communication sur le recrutement de soignants dans les Ehpad, parce qu’on manque cruellement de main d’œuvre, infirmières, aides-soignants… Un problème prééxistant qui se trouve renforcé en ce moment. Au niveau Ressources Humaines, on est à flux tendu, confie Michel Barbé, directeur de l’Ehpad Les jardins du Castel à 15 km de Rennes. Si des agents ou des résidents sont testés positifs, je ne sais pas trop comment on va faire. Lors de la première vague, des étudiants ont été mobilisés pour aider. Pour l’instant ce n’est pas le cas. Si on découvre des cas, nous allons devoir refermer l’établissement. C’est une période anxiogène qui nécessite une forte implication tous les jours pour préserver l’équilibre entre liberté et sécurité, alerte-t-il.

Comment gère-t-on les remplacements de personnels dans un secteur qui rencontre déjà de vraies difficultés sur la question de l’attractivité ? s’interroge Joachim Tavares. Tout comme dans un service hospitalier, quand on a 20, 30, 40 % des effectifs qui viennent à manquer… ça devient très problématique.

En mars, si je devais résumer, il y avait les bras mais un manque criant de matériel. Aujourd’hui, nous avons le matériel nécessaire, mais le problème des effectifs se pose de manière accrue.

A Strasbourg, dans l’Ehpad l’Air du temps, du groupe Korian, la situation ressemble à l’ordinaire, nous confiait un membre du personnel qui a souhaité rester anonyme. Sur le plan du manque de personnel, ce n’est pas pire que d’habitude du moins. Pour l’instant, l’établissement ne compte aucun cas Covid. Les familles respectent bien les gestes barrières, le port du masque. Pour l’instant, c’est fluide, mais s’il faut en venir au planning de visite avec une famille par heure, on le fera, explique notre interlocuteur, qui envisage de durcir les règles si la situation le nécessitait. Pour l’heure, l’équipe peut compter sur 50 tests d’avance (ce qui correspond à peu près au nombre de résidents) et sur du matériel à disposition. Même lors de la première vague, nous n’avons pas connu de pénurie de matériel ici, nous assure notre interlocuteur. Les personnels soignants, certes, sont fatigués, mais là encore pas beaucoup plus que d’habitude, ce sont des métiers mal rémunérés et pénibles et chacun est très sollicité, nous explique notre contact, qui note tout de même une pointe de paranoïa : avec tous ces tests, les personnels sont inquiets de voir arriver des contaminations.

Le vrai point d’inquiétude concerne la fatigue des personnels. L’année a été très compliquée, assure Joachim Tavares. Il a fallu faire face aux grèves, puis à la première vague. La grosse inquiétude aujourd’hui, c’est la durée de cette deuxième vague et la gestion des effectifs. Déjà une vraie question en temps normal, elle est devenue un sacré casse-tête aujourd’hui. Ce n’est pas en 3 à 6 mois qu’on forme des gens, donc il faut trouver des solutions à courts termes…

Dans le Tarn, un Ehpad dédié aux personnes âgées contaminées par la Covid-19

L’initiative a demandé 3 mois et 120 000 euros, aime à résumer Guillaume Marzocchi. À Salles sur Cérou près de Carmaux dans le Tarn, ce directeur d’établissement a eu l’idée de monter un Ehpad entièrement réservé aux personnes âgées testées positives à la Covid-19, première initiative du genre, du moins en province, précise le directeur de l’établissement, qui a accueilli ses premiers résidents le 13 octobre dernier.

C’est un projet qui s’est monté entre les deux vagues, raconte Guillaume Marzocchi. Au mois de juin, un peu plus calme, nous avons pu faire les premiers retours d’expérience. La seule solution pour lutter contre ce virus était d’enfermer les gens dans leurs chambres, une décision qui s’est vite révélée néfaste sur le plan psychologique et impossible à tenir pour les résidents aux facultés cognitives altérées…. Le directeur d’Ehpad, en lien constant avec les hôpitaux et les acteurs du secteur, sollicite alors l’ARS et propose de monter cet Ehpad spécifique dédié aux personnes âgées contaminées. Fini l’isolement en chambre pour ces résidents qui pourraient continuer à vivre normalement. Son projet fait l’unanimité et l’ARS assure son financement.

Aujourd’hui, l’établissement accueille exclusivement les résidents qui vivent en Ehpad dans le département du Tarn : ceux d’une part, testés positifs au virus, qui font le choix de venir car ils ne souhaitent pas rester confinés dans leur chambre, et ceux d’autre part qui ne peuvent pas respecter les consignes. Seule règle pour tout le monde : tous les résidents accueillis doivent être asymptômatiques, car l’établissement n’est pas suffisamment médicalisé pour accueillir des patients plus lourds, explique Guillaume Marzocchi.  Evidemment, le personnel doit redoubler de vigilance pour ne pas se retrouver contaminé au contact des résidents. Si l’expérience est concluante, elle pourrait donner des idées dans d’autres départements.

Journaliste susie.bourquin@infirmiers.com @SusieBourquin


Creative Commons License

Journaliste infirmiers.com roxane.curtet@infirmiers.com  @roxane0706

Retour au sommaire du dossier Epidémiologie



LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here