Alcoolisme : “l’isolement, l’anxiété et toujours cet alcool à portée de main, sont autant de raisons qui peuvent faire replonger”

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Dans un contexte anxiogène, mêlant craintes sanitaires et hausse de la précarité, la santé mentale des Français est durement affectée. Au premier rang des risques, l’augmentation de l’addiction à l’alcool. Un constat qui n’a rien de fataliste, selon la psychiatre Fanny Jacq.

Les mots, prononcés le 19 novembre dernier, par Olivier Véran sont sans appel. “La santé mentale des Français s’est significativement dégradée entre fin septembre et début novembre“, a résumé le ministre de la Santé à l’occasion d’un point-presse sur la situation sanitaire. Solitude, anxiété, fatigue jouent sur notre moral, avec comme risque ou symptôme, selon le point de vue, l’augmentation des addictions.

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L’alcool, toujours à portée de main

Le confinement, dont nous vivons le second épisode, est selon experts et études, propices à l’augmentation de la consommation de certaines substances. Le télétravail est en particulier montré du doigt. Ainsi, selon une étude GAE Conseil réalisée par Odoxa, toutes les addictions – numérique, tabac, alcool, drogue, médicament, ou encore workaholisme, augmentent en télétravail. La quasi-totalité de ces dernières sont plus importantes, selon un échantillon de Français interrogés. En tête, les risques liés à l’hyperconnexion, plus importante en télétravail selon 81% des Français et 79% des télétravailleurs, devant la consommation de tabac (75%), d’alcool (66%), de cannabis (55%), de médicaments (52%) et d’autres drogues (51%).

Un constat que partage Fanny Jacq, Directrice Santé Mentale de la plateforme Qare Psy, avec une nuance. “Le confinement entraîne une baisse de la consommation de certaines drogues car cela est plus difficile de s’en procurer. Ce n’est pas le cas de l’alcool“, relève ce médecin psychiatre. “Exception culturelle” française, l’alcool jouit d’une image festive et reste encore très accessible, les commerces spécialisés comme les cavistes étant considérés, au même titre que les commerces alimentaires, considérés comme essentiels. “Avec la mode des ‘apéros’ virtuels nés lors du premier confinement, les consommateurs ont multiplié les occasions de consommer, poursuit Fanny Jacq. Et on voit que cette tendance n’a pas disparu entre les deux confinements“.

Le confinement brouille les repères du quotidien

Dans le contexte très particulier du confinement, cette professionnelle de la santé mentale distingue deux types d’alcoolisme. Un alcoolisme “mondain“, qui s’explique par l’envie de voir ses proches autour d’un moment festif. Mais aussi un “alcoolisme solitaire. C’est le verre qui calme, qui aide à dormir, qui pallie l’ennui et diminue l’angoisse“.

Derrière ces deux réalités, un point commun : une absence de repères. “Le confinement fait perdre la notion du temps“, rappelle la thérapeute. En estompant les marqueurs – jours de la semaine, horaires de travail… – le télétravail brouille des routines quotidiennes jusqu’ici bien rôdées. Plus d’apéritifs ou de repas arrosés, alors que de nombreux d’entre nous attendent le traditionnel vendredi soir, horaires avancés (de nombreuses personnes n’ont plus de trajets bureau-domicile…) : le confinement fait aussi disparaître certaines habitudes quotidiennes, comme le fait de devoir prendre le volant pour rentrer chez soi, ou change la “configuration” d’une soirée. “On peut enchainer plusieurs apéritifs, chose que l’on ne fait pas forcément dans la vraie vie“, ajoute la psychiatre.

Les risques sont d’autant plus graves pour les personnes ayant été diagnostiquées comme souffrant de la maladie alcoolique. L’isolement, l’anxiété, et toujours cet alcool à portée de main sont autant de raisons qui peuvent faire replonger un patient sevré ou sur la voie du sevrage. “Le confinement supprime les interactions sociales, poursuit Fanny Jacq. Nous sommes moins dans une situation de représentation et d’apparence, et on peut donc dissimuler une addiction plus facilement“.

Dans tous les cas et quelle que soit la conduite addictive, la première chose à faire est de consulter, rappellent les professionnels de la santé. Médecin généraliste, addictologue ou psychothérapeute, c’est en discutant, à distance ou en présentiel, que l’on peut constater une éventuelle surconsommation. “Quand ça ne va pas, il faut faire appel à un thérapeute. C’est en discutant que l’on est amené à prendre conscience qu’il y a peut-être un problème, explique Fanny Jacq.

Les proches, appui décisif, mais pas suffisant

Si le rôle du thérapeute est primordial, les proches peuvent aussi être un vrai soutien. Car si le confinement rend plus difficile la détection des conduites addictives dans le milieu professionnel, le fait de rester chez soi peut aider un proche – qui voit son conjoint ou son colocataire au quotidien, du matin au soir –  à prendre conscience d’un comportement addictif. “Je conseille de tenir un carnet et d’y noter ce que l’on consomme, comme le nombre de verres ou de cigarettes. Déjà parce que l’on se rend compte que l’on a tendance sous-estimer la réalité, mais aussi parce que l’on peut le faire à plusieurs, et prendre des décisions, comme un challenge“, conseille Fanny Jacq.

Dans la vie quotidienne, les règles peuvent être très simples à appliquer : maintenir une bonne hygiène de vie, manger et se coucher à heure fixe, ne pas considérer qu’apéritif veut systématiquement dire alcool, en privilégiant les jus de fruits par exemple. Autrement dit, conserver ses habitudes de vie, si celles-ci étaient les bonnes, que l’on avait l’habitude de suivre. “Il faut se poser la question : ferais-je ceci dans ma vie en temps normal ?“, poursuit le médecin. Autre bon réflexe à adopter lorsque l’on fait ses courses : limiter les achats liés à l’alcool, voire les supprimer, pour réduire les tentations. Et pour palier l’ennui, l’occupation est le maître-mot. Lecture, jeux en ligne ou activités artistiques, “il faut être proactif“, conseille Fanny Jacq.

Mais si les proches peuvent être d’une grande aide, “la seule solution passe par soi”, conclut François, membre de l’association Al-Anon/Alateen Groupes Familiaux, une association qui s’adresse aux membres de la famille et aux amis et aux proches d’alcooliques qui souffrent de la maladie de ces derniers – qu’ils boivent encore ou non. “C’est un long cheminement, qui prend du temps“, insiste-t-il.

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